Désert d’Atacama (Chili), reportage
Au milieu des canyons et des pics rocheux du désert d’Atacama, au Chili, Bastian Barria observe minutieusement le sol parsemé de divers déchets incendiés. Son regard s’arrête sur la manche d’une chemise qui dépasse d’une substance noire solidifiée. « On dirait du pétrole qui s’est figé, commente le cofondateur de l’ONG Desierto Vestido (Désert habillé). En réalité, ce sont les vestiges des vêtements qui ont été jetés ici, et qui ont complètement fondu sous l’effet des flammes. »
Ici, de nombreuses décharges sauvages jonchent le sol désertique, composées principalement de vêtements de fast-fashion importés au Chili. Et pour effacer les preuves, ces décharges sont volontairement incendiées. Sur place, les éléments manquent pour identifier les coupables. Pour Bastian Barria, après des années d’enquête, son association a conclu qu’il s’agirait des entreprises importatrices de vêtements et/ou des commerçants : « Ils paient une tierce personne quelques euros pour qu’elle se débarrasse des stocks invendus » dans ce désert, puis « elle les incendie immédiatement ».
Avec son association, Bastian Barria s’est donné la mission de sensibiliser sur « ces poubelles de la planète », comme il les qualifie. En 2020, avec ses deux associées Ángela Astudillo et Jean Karla Zambrana, il a lancé l’alerte en publiant sur les réseaux sociaux les photos d’une montagne de vêtements au milieu du désert.
Si le retentissement a été international, le problème persiste. « Depuis la médiatisation, la dynamique a beaucoup évolué, raconte Bastian Barria, il n’y a plus une ou deux grandes décharges où s’accumulent des tonnes de vêtements, mais des centaines de microdécharges dispersées, qui sont immédiatement brûlées. »
Ces vêtements provenant du monde entier étant principalement composés de fibres synthétiques dérivées du…
Auteur: Marion Esnault

