Villargondran (Savoie), reportage
Au pied du village de Villargondran, à la sortie de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), de hauts murs de béton se dressent pour cacher le chantier des regards. Mais nul ne peut ignorer le ballet des camions et le bruit des machines incessants, ponctués par un nuage de poussière qui se soulève régulièrement. Paul, 32 ans, affiche une mine grave en scrutant le chantier qui coupe la ville en deux : « Ça fait mal au cœur, quand même. »
Comme une centaine d’autres personnes, Paul est venu voir le 5 avril de ses propres yeux le chantier de la ligne à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin, cette ligne ferroviaire qui doit relier les deux villes de part et d’autre des Alpes. Des travaux titanesques ont été enclenchés, pour un coût évalué à 26,1 milliards d’euros en 2012 par la Cour des comptes, et qui ne cesse d’augmenter. Ce sont 270 km de ligne qui doivent être construits, dont 202 de tunnels, alors qu’une ligne ferroviaire existe déjà sur ce tracé et serait, selon les opposants, sous-exploitée.
Ce jour-là, la « visite » est organisée par des associations locales luttant contre la construction de la ligne, Belledonne a Sa’Voix et le Collectif contre le Lyon-Turin (CCLT) de Chambéry. « Il faut le voir pour le comprendre », souligne Anthony Guilloud, paysan installé plus bas dans la vallée et « guide » de la journée. Le jeune homme, dont la pépinière se trouve sur le tracé du Lyon-Turin, est expropriable à un horizon incertain. « On s’est rendu compte qu’il y avait peu d’informations et peu de débat, même pour les personnes affectées, alors qu’il y a des dégâts colossaux », dit Anthony Guilloud.
Dans les deux bus qui accueillent les participants, militants et experts du sujet se succèdent au micro pour rappeler le contexte et montrer l’emprise du chantier sur le territoire. « Ma scierie était là, explique Max Milliex, exproprié il y a dix…
Auteur: Raphaëlle Lavorel

