Nous sommes le 20 avril 1963. Le présentateur du journal télévisé de 20 heures, l’illustre Léon Zitrone, réputé pour sa flagornerie, cède la parole au ministre de l’Information Alain Peyrefitte, « venu inaugurer la nouvelle formule du journal dont il a pris lui-même l’initiative » : « Monsieur le ministre, quel principe avez-vous retenu pour ce rajeunissement ? » Cette pépite dont l’INA a gardé précieusement la mémoire nous dit d’où nous venons. Espérons qu’elle ne nous dise pas aussi où nous allons. Car la réforme de l’audiovisuel public que tente d’imposer en hâte le gouvernement suscite des craintes légitimes. Pourquoi tant de précipitation sur un sujet dont dépend beaucoup de notre démocratie ? À croire qu’il y a péril en la demeure, alors que Radio France se porte plutôt bien – même si la situation est plus complexe à France Télévisions, dont la gestion est régulièrement épinglée par la Cour des comptes.
La philosophie se résume en trois mots : « Big is beautiful. »
On voit trop bien, dans ce dossier, comment s’articulent la question financière et celle du pouvoir dans une perspective de reprise en main. Car de quoi s’agit-il ? Dans un premier temps, la réforme réunirait l’audiovisuel public sous la coupe d’une même holding, avant d’aller, début 2026, à la fusion de toutes les sociétés (il y a débat encore sur l’intégration de RFI et France 24 dans cette architecture). La philosophie se résume en trois mots : « Big is beautiful. » Il s’agirait de résister à la concurrence des grandes plateformes de streaming, Netflix et autres. Les économies sont douteuses, du moins dans un premier temps. Les syndicats font valoir qu’il faudra évidemment aligner les statuts et les salaires sur les plus avantageux, c’est-à-dire ceux de la télévision. Une usine à gaz en perspective.
« Lourdeurs » et…
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Auteur: Denis Sieffert

