Va donc falloir reprendre nos vies et appeler ça des existences. Tu vas pouvoir sortir dehors, mais tout en gardant tes distances. Je vais pouvoir zoner en publique, ré-exposer mon désespoir. Mon corps va pouvoir s’actionner, et se promener sans ordonnance. Malgré mon devenir-pudique, et mon statut non-salarié, malgré mes six kilos en + et mes habitudes avariées. Oui ça y’est la sieste est finie, c’est la rentrée, l’heure de la grande désillusion. J’m’appelle Daisy, Daisy Fusion.
L’un dit « on va se mettre super cher », l’autre dit non. Lundi 11 Mai, ma fainéantise fait un bond. Va falloir sortir les mouchoirs, et puis refaire ses ablutions. Mon coeur est là, dans un tiroir, « vas le reprendre » me dit Martine, « et pourquoi faire ? » je lui réponds, « la vie reprend, on s’déconfine ! »
J’regarde dehors, des petites pelotes de laine grise tombent du ciel. « Je me sens mal, j’ai mal au vide. » Faute de frappe. « Tu voulais dire j’ai mal au bide ». C’est décidé, lundi matin je vais mimer d’aller au boulot, j’irai pointer dans une église ou bien dans un supermarché ; on est devenus des vidéos, l’empathie nous a transformés. C’est pas que je manque d’esprit d’équipe, je me rend bien compte qu’on se prépare à un acte assez athlétique : celui d’accoucher de nous-mêmes. Seulement voilà, j’ai le Baby Bloom, et je sais toujours pas quoi faire. « Va chez le coiffeur » me dit Martine, et moi j’lui dis d’fermer sa gueule. Elle me dit qu’elle dit ça pour moi, que j’fous le cafard et que j’ressemble à ma grand-mère. En soi c’est vrai, j’suis un gros thon et j’ai l’air vieille, et pourtant j’en n’ai rien à foutre. J’regarde dehors, les rues d’en bas, les gens se promènent, les secondes passent longuement. La laine continue de tomber, elle surfe doucement. Martine s’épile, elle se prépare. Et moi, le ghost, quand Martine se retourne vers moi, je tord la peau de mon visage pour qu’il exprime l’hostilité. Elle doit penser que j’ai envie de chier. L’orage éclate, tout devient sombre. J’observe mes concitoyens depuis le god-mode du balcon. On est sous vigilance orange. Un éclair flash et la grêle commence à tomber. Des éclats de verre.
Les consommateurs printaniers accélèrent légèrement le pas, les sacs sont lourds, les roues des cadis crissent au sol. La lumière est épileptique, un flash ré-éclaire la rue. On dirait que le ciel balance des…
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Auteur: lundimatin

