Valérie Masson-Delmotte, scientifique de sang-froid quand le climat chauffe

[Série 2/4] Vous lisez la série « Crise écologique : la révolte des scientifiques ». La suite est ici.


Si la patience avait un visage, ce serait sans doute le sien. La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte semble dotée d’un super-pouvoir : celui de ne jamais perdre son calme. L’homme politique Claude Allègre prétend que le changement climatique n’existe pas ? Elle le mouche lors d’un débat à la télévision, en 2010, imperturbable. Douze ans plus tard, le club de football Paris Saint-Germain crée la polémique en refusant de prendre des transports bas carbone ? Avec le sourire, elle affirme à la radio que Kylian Mbappé serait pourtant « un excellent ambassadeur » pour le climat.

Peu importe la situation, Valérie Masson-Delmotte reste calme, n’entre pas dans des clashs, et déroule plutôt son discours — un condensé clair et précis des connaissances sur la paléoclimatologie, soit la science des climats passés. Une « maîtrise » qu’elle explique par sa passion, depuis son adolescence, pour le judo. « Ce sport a façonné beaucoup de choses dans ma manière d’être : le respect, le fait de vouloir être bienveillante ou d’essayer de contrôler mes propres émotions », analyse-t-elle, lunettes vertes sur le nez, assise dans son petit bureau du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Elle le reconnaît : c’est tout de même un « gros effort » d’alerter sur l’urgence climatique depuis des années, et de rester patiente face à des personnes qui s’en fichent. « Intérieurement, je soupire », admet-elle en riant. Sans jamais rien laisser paraître. Elle a remarqué que « s’énerver, ça ne marche pas du tout pour attirer l’adhésion » — particulièrement quand on est une femme, perçue comme « hystérique » au moindre haussement de voix. Elle préfère donc poursuivre inlassablement ses interventions, du ton le plus pédagogique possible. Des prises de parole saluées par ses collègues, qui louent sa rigueur et son intelligence.

Que les connaissances « soient accessibles pour le reste de la société »

À 51 ans, Valérie Masson-Delmotte se définit « depuis longtemps » comme une scientifique engagée. Son investissement a commencé dès ses débuts en paléoclimatologie, dans les années 90, en mesurant « le fossé » entre les connaissances qu’elle acquérait, et celles du grand public. Depuis, son objectif est de partager et diffuser ses savoirs. « Je veux que les connaissances produites par la communauté scientifique soient accessibles pour le reste de la société », répète-t-elle souvent.

De la même façon, elle lutte contre la désinformation : la paléoclimatologue aime parfois utiliser les réseaux sociaux, comme Twitter

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Auteur: Justine Guitton-Boussion Reporterre

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