Valeur sentimentale/Joachim Trier/2h12Sortie : 20 août
Valeur sentimentale contient une séquence de trac comme on en a rarement vu. Une femme, Nora (Renate Reinsve), est prise de panique avant d’entrer en scène. À ce moment, tout son corps crie « non ». Elle s’en délivre selon une méthode peu conventionnelle (on ne la dévoilera pas), avant de pouvoir se donner entièrement à son jeu, face aux spectateurs. Nora est possédée par son métier d’actrice autant qu’elle le maîtrise. Pourtant, quand son père, Gustav (Stellan Skarsgård), cinéaste de renom, lui propose le premier rôle de son prochain long métrage, elle refuse.
Le cinéma est un thème récurrent, notamment parmi les films présentés à Cannes. Après une œuvre légère et enlevée, en compétition ici en 2021, Julie (en 12 chapitres), Joachim Trier s’y adonne lui aussi tout en le mêlant au drame familial. Si Nora rejette avec brutalité l’offre paternelle, c’est en effet parce que toujours absent, il ne s’est jamais occupé d’elle ni de sa jeune sœur, Agnes (Inga Ibsdotter Lilleaa). Sur la cadette, qui a opté pour pour un métier ordinaire et la vie de famille, il n’a eu d’yeux que lorsqu’il l’a fait jouer, enfant, dans un de ses films.
Au vu de cette configuration familiale conflictuelle, le nom d’Ingmar Bergman pourrait être brandi sans coup férir. Parce que Joachim Trier est Scandinave (Norvégien), et que quelques règlements de compte sont à prévoir. Outre qu’elle est écrasante, la référence est malgré tout trompeuse car le film compte peu de scènes d’altercation entre le père et ses filles. La violence y est plus souterraine qu’explosive, logée dans des non-dits, des silences, des défections.
Plutôt que de scènes d’affrontements abrupts, Trier a choisi…
Auteur: Christophe Kantcheff

