La saga Astérix, imaginée sous forme de bande dessinée par René Goscinny et Albert Uderzo, fait désormais partie du paysage cinématographique français, ayant inspiré cinq films depuis 1999. Le dernier, réalisé par Guillaume Canet – Astérix et Obélix, l’Empire du milieu – rencontre déjà un certain succès, quelques jours seulement après sa sortie en salles. L’occasion de réfléchir sur l’histoire de Vercingétorix et la façon dont elle a été racontée et revisitée dès l’Antiquité.
En 52 av. J.-C. éclate en Gaule la fameuse révolte menée par Vercingétorix contre César. Le récit des événements nous en est uniquement transmis par des sources romaines, de langue latine ou grecque, toutes favorables au vainqueur : César lui-même dans La Guerre des Gaules dont il est à la fois l’acteur et le commentateur ; puis les historiens Plutarque (vers 46-125), Florus (vers 70-140) et Dion Cassius (vers 155-235).
La Guerre des Gaules n’est pas un livre d’histoire, comme on l’entend aujourd’hui, mais d’abord une œuvre de propagande à la gloire de César. C’est un ouvrage biaisé dans lequel l’auteur n’hésite pas à travestir les faits.
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Attaque de la cavalerie gauloise à Gergovie. Dessin de Victor de la Fuente, Vercingétorix, César, Histoire de France en bandes dessinées, 1976.
Les femmes d’Avaricum et les oies du Capitole
Ainsi, dans son récit du siège d’Avaricum, chef-lieu du peuple des Bituriges, aujourd’hui Bourges, César (Guerre des Gaules VII, 26) invente une anecdote très peu crédible. Les guerriers gaulois assiégés, sentant que la partie est perdue, se décident à abandonner la ville, à la faveur de la nuit. C’est alors, raconte l’auteur, que leurs femmes sortent subitement des maisons ; elles se jettent aux pieds de leurs époux et les supplient de rester.
Comme les guerriers refusent de céder, elles se mettent à hurler si fort qu’elles avertissent les Romains du projet de fuite. Les Bituriges renoncent alors, craignant que les cavaliers ennemis leur coupent la route.
Tout cela est invraisemblable : les Romains, à l’extérieur des murailles et à des centaines de mètres de là, n’auraient pu entendre les cris des Gauloises. Comme le fait remarquer l’historien Jean-Louis Brunaux, le récit de César est calqué sur la célèbre anecdote des oies du Capitole.
Les oies sacrées sauvent le Capitole, dessin d’après un tableau de Henri-Paul Motte, vers 1883.
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Une histoire bien connue, grâce au récit qu’en donne Tite-Live (Histoire romaine V, 47). Vers 390 av. J.-C., des Gaulois, commandés par le roi Brennus, envahissent l’Italie et prennent Rome qu’ils mettent à sac. Seule la colline du Capitole échappe au pillage. Alors que les Gaulois tentent un assaut nocturne de la citadelle, les oies consacrées à la déesse Junon se mettent à pousser des hurlements, réveillant les Romains et les alertant du danger.
La similitude avec le récit de César est évidente : grâce aux cris poussés par les oies comme par les femmes d’Avaricum, les Romains échappent, chaque fois, à une manœuvre militaire de leurs ennemis gaulois.
Vercingétorix livré à César
La scène la plus célèbre de la guerre des Gaules est la reddition de Vercingétorix à l’issue du siège d’Alésia, en septembre 52 av. J.-C. Pourtant, l’évocation qu’en donne César est très brève. Après avoir réuni un ultime conseil de guerre, Vercingétorix annonce à ses hommes : « Vous pouvez disposer de moi, me tuer ou me livrer aux Romains » (César, Guerre des Gaules VII, 89).
Les Gaulois décident de livrer leur commandant après avoir envoyé des émissaires à César. Le vainqueur vient s’asseoir sur un siège, devant son camp. Puis : « les chefs lui sont amenés, Vercingétorix est livré, les armes sont jetées » (eo duces producuntur, Vercingetorix deditur, arma proiciuntur).
La phrase latine, en trois temps, est rythmée par des verbes au passif qui produisent une rime intérieure. Vercingétorix n’est pas l’acteur de sa reddition : il est livré par les siens, en même temps que les autres chefs de la révolte. Cette fois, César…
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Auteur: Christian-Georges Schwentzel, Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine

