Nous attendons cette semaine le verdict du procès de Dominique Pelicot, accusé d’avoir violé son épouse durant de nombreuses années, et qui l’a droguée et fait violer au moins 200 fois par des inconnus qu’il recrutait, filmant par ailleurs ces crimes sordides. 51 d’entre eux sont sur le banc des accusés : voisin, pompier, avocat, ouvrier, chauffeur routier, journaliste… Des messieurs tout-le-monde, âgés de 26 à 74 ans. Comme l’a signifié un des deux avocats de Mme Gisèle Pelicot – qui aura plus fait à elle seule dans le combat contre le viol, avec son malheur absolu, que tous les politiques réunis –, « si tous les hommes ne sont pas des violeurs, les violeurs peuvent apparemment être n’importe quel homme ».
Chrétienne, catholique, théologienne, engagée dans ma chair dans le scandale abyssal – lui aussi – des violences sexuelles dans l’Église catholique, que puis-je dire ? Tout d’abord justement ce trompe-l’œil : les violeurs peuvent être n’importe quel homme qui mène, par ailleurs, une vie sociale, tout à fait normalisée. Nous aimerions tant qu’ils soient des monstres, reconnaissables. Ou de grands malades. Mais non : des hommes a priori ordinaires se sont emparés du corps d’une femme inerte, chosifiée.
Comme l’un des accusés l’a déclaré, le mari peut bien faire ce qu’il veut de « sa » femme. Voilà je crois un point central : avant de sexualité, il est d’abord question de pouvoir. Comme dans les violences sexuelles dans l’Église catholique, ou concernant les incestes, c’est de puissance, de toute-puissance imaginaire, faisant de l’autre sa chose dont il est question. De volonté de domination dont la sexualité est l’instrument.
Une même violence dans l’Église
Nous pouvons reprendre les propos du sociologue allemand Jan Philipp Reemtsma dans Confiance et violence à propos de ce qu’il nomme la violence « raptive » : de cette violence qui jouit de la…
Auteur: Véronique Margron

