Théo Roumier : Tu viens de publier ton neuvième livre, La vie bonne, avec pour sous-titre Notre socialisme. C’est là, dis-tu ailleurs, « une ode, une louange, un chant » à l’idée socialiste et au « grand récit égalitaire ». Tu publies de temps en temps des articles ou des reportages pour Frustration et L’Humanité, et, pour Contretemps, tu réalises une série sur des figures méconnues, « Le fil de l’égalité ». Mais ton œuvre est avant tout littéraire, et éditée chez Actes Sud. D’ailleurs : « avant tout », est-ce le bon mot ?
Joseph Andras : Absolument. Si j’avais la curieuse idée d’avoir des cartes de visite, il n’y aurait de lisible, dessus, que le terme « écrivain ». Faute de pouvoir écrire « poète », peut-être. Quand je m’avance sur des chemins visiblement moins artistiques – car, en première comme en dernière instance, je range la littérature dans le grand placard de l’art –, je le fais depuis ce statut-là. Cette place. Celle de quelqu’un dont le métier est la langue, la phrase, les mots, les cadences, les rythmes, les sons, et qui, parfois, relâche la langue pour discuter de politique avec qui le voudra bien. Je le dis sans coquetterie : ça me semble essentiel de rappeler que je ne marche pas sur les platebandes des chercheurs, des philosophes, des historiens ou des théoriciens. Car je respecte leur métier. Un autre métier.
En 2021, répondant à la journaliste Rosa Moussaoui dans L’Humanité à l’occasion de la double parution d’Au loin le ciel du Sud et Ainsi nous leur faisons la guerre, tu disais : « face aux staliniens, je me sens trotskyste et, face aux trotskystes, anarchiste ». Il y a deux ans, dans Littérature et révolution, longue discussion avec l’écrivaine et sociologue Kaoutar Harchi, tu défendais « l’Idée socialiste-communiste », à…
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