Comme nous l’avons déjà évoqué à l’occasion de notre émission sur la Mad Pride, la manière dominante de se rapporter à la « folie » consiste à vouloir l’inclure dans la norme, ou du moins de la gérer pour qu’elle n’entrave pas trop la normalité des autres. Cela vaut pour les plans gouvernementaux, la santé mentale comme grande cause nationale, autant que pour son pendant « de gauche » qui se veut plus insistant sur l’inclusion. Suivant les travaux de Deleuze et Guattari, Régis Cortesero propose de renverser le problème : la neurodiversité ne doit pas être écrasée dans l’inclusion mais permettre, au contraire, le déploiement de mondes et de formes de vie inédits.
De l’approche sociale à une politique des devenirs
L’approche sociale du handicap a permis de déconstruire le modèle médical, en montrant que les « déficiences » ne prennent sens qu’à travers des environnements capacitistes, normés, inhospitaliers. Elle a replacé la question du handicap dans une logique de rapports sociaux et de transformation collective.
La perspective des « devenirs », ouverte par Deleuze et Guattari, souvent oubliée dans cette littérature, permet cependant de franchir un seuil supplémentaire. La « minorité » est une situation produite par un pouvoir qui affirme l’hégémonie de la norme, puis infériorise et pathologise ce qui s’en écarte. Le « devenir minoritaire » désigne au contraire une manière positive d’habiter cet écart et de subvertir le principe même de la norme.
Cette perspective invite à penser les situations neurodivergentes non plus comme des identités minoritaires à protéger (perspective inclusive) ou des capacités à restaurer (modèle médicale), mais comme des devenirs à promouvoir et des agencements à rendre possibles. Ce n’est pas simplement une manière d’être autre dans une société injuste à laquelle il faudrait arracher des aménagements : c’est un rapport…
Auteur: dev

