Vêtu de déchets, ce Sénégalais milite contre la pollution plastique

Dakar (Sénégal), reportage

Et si, comme le dit l’expression, les vrais héros ne portaient pas de cape ? Sur la plage de Yarakh, à l’ouest du Sénégal, l’imposant Modou Fall attache précautionneusement les fils de son costume fait de centaines de déchets plastiques collés les uns aux autres.

Malgré la chaleur, cet habitant de Guédiawaye, en banlieue de Dakar, enfile son béret militaire, fixe son pin’s aux couleurs sénégalaises et accroche fièrement sa médaille nationale de l’ordre du Mérite. Sous le regard de quelques curieux, il passe autour de son cou, la dernière touche de la panoplie de Plastic Man, la pancarte « Non aux sachets plastiques ».

C’est sous cette deuxième identité que l’ancien militaire de 50 ans arpente depuis dix-sept ans plages, écoles ou tournois de luttes du Sénégal pour sensibiliser à la pollution causée par les déchets plastiques. « Celui-ci vient de Mauritanie », peste le géant en montrant du doigt un sachet jaune, perdu dans un tapis multicolore composé de bouts de plastiques et de restes de filets de pêche.

Les bouillons Maggi cohabitent avec les yaourts Dolima, le poivre ou les biscuits Biskrem et jonchent le sol de cette plage de la baie de Hann, autrefois prisée des touristes. « Chaque jour, 5 millions de sacs plastiques sont jetés à Dakar. C’est un fléau », dit le militant écologiste, les yeux rivés sur cet amas de déchets à deux pas de l’océan.

Entre plusieurs va-et-vient dans l’eau rendue noire par les écoulements nauséabonds des industries, trois pêcheurs s’arrêtent pour féliciter « l’homme plastique ». « Bravo à toi ! Ta voix est très importante », s’enthousiasme Gaetan Coly, en wolof.

En trente ans de pêche, cet enfant de Hann reconnaît que « les truites de mer ont disparu et le reste des poissons se fait de plus en plus rare dans les filets. Au contraire du plastique, de plus en plus présent ». « C’est du poison pour la planète et surtout pour la santé de l’être humain, récite Modou Fall à son audience. Et c’est à chaque citoyen de prendre ses responsabilités pour que cela cesse », conclut le super-héros sous les hourras.

Depuis 2006, la protection de l’environnement est devenue « le combat » de la vie de Modou Fall. « J’en ai eu assez d’entendre les touristes se plaindre de la saleté, au marché de Sandaga de Dakar. Un jour, je me suis décidé à tout nettoyer et cela m’a permis de constater que le plastique constituait l’immense majorité des déchets. » Un déclic pour le Sénégalais qui décide de lancer une association, Sénégal propre, pour poursuivre son engagement pour son pays en troquant la tenue de militaire pour celle de militant.

En 2011, l’activiste a…

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Auteur: Reporterre

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