Le philosophe Alain Brossat vient de publier Écrire au bord du gouffre (éditions Mimésis), un livre sur Victor Klemperer, notamment connu pour son livre sur « la langue du IIIe Reich ». Dans le chapitre 3, que nous reproduisons ici, il revient sur la critique précise et féroce que Klemperer proposa de l’idéologie et de la langue sionistes.
Chapitre 3 – Un cactus : l’antisionisme déclaré de Victor Klemperer
« Nous entendons maintenant beaucoup parler de la Palestine ; ça ne nous tente pas. Ceux qui y vont échangent le nationalisme et l’étroitesse contre le nationalisme et l’étroitesse (…) C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de sympathiser avec les Arabes insurgés en Palestine, dont la terre devient objet de ‘transactions’ – sort d’Indiens, dit Eva » (Victor Klemperer, Journal, juillet-octobre 1933).
L’idée de base qui dans la perspective de Klemperer fonde le constant rapprochement entre idéologie nazie et discours sioniste, c’est celle de la matrice commune, envisagée sous tous les angles. Rejetons, l’une et l’autre du romantisme allemand[1], plongeant ses racines, pour ce qui est de ses fondateurs, dans le même microcosme (la Vienne de la fin du XIXème siècle[2]) dans un troublant jeu de miroirs : « [Hitler] a certainement appris chez Herzl à considérer les Juifs comme un peuple, comme une unité politique et à les regrouper sous le terme de ‘judaïsme mondial’ », remarque un interlocuteur (sioniste lui-même) de Klemperer qui, un peu plus loin, commente :
« Hitler a fait ses années d’apprentissage en Autriche (…) il a dû aussi absorber là-bas des formes de langage et de pensée propres à Herzl – il est pratiquement impossible d’établir le passage de l’un à l’autre, en particulier…
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