Arles (Bouches-du-Rhône), reportage
« Vous allez sentir le sol vibrer. » Dans une pâture à 11 km à l’est d’Arles, une demi-douzaine de chevaux Camargue approche à vive allure. En cette fin mars, le sol se met en effet à trembler légèrement à leur approche. « On a 80 cm de tourbe sous nos pieds », explique l’éleveur, Virgile Alexandre, à la tête de la Ganaderia El Campo, un élevage de taureaux de corrida. Les chevaux lui servent au travail avec ses bovins. Le sol est mou et humide, un peu comme une éponge. Les 60 hectares du manadier se trouvent en bordure d’une rare tourbière de 437 hectares, située dans les marais des Chanoines et de Meyranne. Cette tourbière et son écosystème remarquable pourraient cependant disparaître en raison du contournement autoroutier d’Arles : 26 km d’asphalte voulus par l’État, depuis plus de trente ans.
Ils compléteraient le corridor autoroutier entre l’Espagne et l’Italie, déchargeant ainsi la RN 113, dont les nuisances jouxtent le centre-ville. L’infrastructure provoquerait une modification de circulation des eaux souterraines, dont la nature est pour l’heure inconnue, faute d’étude suffisante. En limite nord des prés à taureaux, la circulation bruyante des camions sur la RN 113 est incessante. À cet endroit, l’État veut élargir la deux fois deux voies, pour laisser place à l’autoroute.
De formidables puits de carbone
Cet appauvrissement en eau serait désastreux pour les marais, qui constituent de formidables puits de carbone. Dans les sols des tourbières, censés être constamment saturés en eau, les plantes mortes ne se dégradent pas complètement. Mais lorsque les tourbières sont dégradées par un déficit d’eau, elles peuvent aussi relarguer du CO2 très rapidement dans l’atmosphère.
« Au niveau mondial, la dégradation des tourbières est responsable de 4 % des rejets de gaz à effet de serre. C’est plus que l’aviation…
Auteur: Estelle Pereira, Pierre Isnard-Dupuy

