La pensée de Jean-Jacques Rousseau offre des ressources précieuses pour se saisir de problèmes tout à fait actuels, en l’occurrence la légitimité de la violence et sa signification, aussi bien quand elle est exercée par l’État que lorsqu’elle se manifeste dans le cadre d’une situation révolutionnaire.
***
On ne penserait pas d’emblée à se tourner vers Rousseau pour étudier la violence, mais plutôt vers Hobbes, ou des auteurs plus contemporains, Friedrich Engels, Georges Sorel ou Walter Benjamin par exemple. Rousseau n’est-il pas le promoteur du « bon sauvage » ? Et la deuxième étape de l’état de nature, qui est déjà une vie en société, est bien distincte de la troisième, et dernière, qui rejoint l’état de guerre imaginé par ses contemporains. Mais comment qualifier les heurts causant la mort, les vengeances, et même cette dernière étape de l’état de nature qui précède l’état civil ? Car la violence est bien là, au bord de l’état civil lorsqu’il s’agit de délimiter son apparition, voire au cœur de ce même état civil lorsque l’appareil d’État est absent[1].
Quand bien même ne serait-elle qu’une survivance ou résurgence de l’état de nature, la violence en tant que telle met en question les démarches visant à la conjurer. Cela vaut pour l’appareil d’État lui-même : puisque les moyens dont dispose les États sont infiniment plus grands que ceux d’un particulier, ils ont donc des effets beaucoup plus dévastateurs. La légitimité suffit-elle à transfigurer la violence physique des forces de l’ordre ? Et sinon qu’en est-il de cet usage de la force ? Comment ne resterait-elle pas sur le même plan que ce qu’elle combat ?
Ainsi, au même titre que l’éducateur ne peut opposer, à la violence de l’enfant, une violence de même nature, la violence d’État, semblable à celle qu’impose de nos jours, et notamment en France, le libéralisme…
Auteur: redaction

