Entre marxisme hétérodoxe et errements nationalistes, l’œuvre de Georges Sorel, haut fonctionnaire français devenu théoricien politique majeur de la fin du XIXe siècle, demeure aujourd’hui méconnue. Dans un livre sorti l’an dernier, « Georges Sorel, le mythe de la révolte », Arthur Pouliquen, docteur en science politique, réactualise la pensée complexe de ce personnage pour le moins ambivalent
Article initialement paru dans le numéro 37 du Poing, paru en septembre 2023
Le Poing : Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire sur Georges Sorel ?
A. P. : La première fois que j’ai lu ce nom, c’était dans les travaux de Zeev Sternell, un historien spécialiste des origines du fascisme, donc autant dire que pour moi, Sorel faisait partie de ce courant de pensée-là. Je l’ai ensuite retrouvé dans des textes d’auteurs politiques très divers : il semblait avoir une place importante dans la vie des idées de la fin du XIXe siècle. Puis je me suis intéressé à la notion de mythe en politique, et je suis naturellement revenu à Sorel. L’idée, c’était de replacer sa pensée dans le cadre de son époque. Donc je parle au moins autant de la France de ces années-là, en la comparant à celle d’aujourd’hui, que de la vie de Sorel lui-même.
C’est un personnage complexe, à la fois apprécié des révolutionnaires marxistes, et cité par Mussolini. Comment synthétiser sa pensée ?
La question de la morale et de la décadence reviennent souvent. C’est un homme angoissé par la modernité et par le progrès libéral, ce qui l’a amené à des virages idéologiques assez marqués. Cela est en partie dû, je pense, à son éducation chrétienne.
D’autre part, la question de la justice est le moteur de tous ses textes. À partir du moment où il rencontre sa femme, issue d’un milieu ouvrier, il prend conscience des inégalités et se place toujours du côté des opprimés. Ensuite, c’est fondamentalement un…
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Auteur: Elian Barascud

