Violences masculines : pourquoi l’ordonnance de protection protège si peu les femmes ?

L’ordonnance de protection, créée en 2010, visait à mieux protéger les femmes, en autorisant la justice à intervenir en urgence dans des situations de violence au sein des couples. Pourtant, cet outil juridique demeure étonnement peu employé. Dans son ouvrage Les femmes et les enfants d’abord ? Enquête sur l’ordonnance de protection (CNRS Éditions, 2024), Solenne Jouanneau revient sur la genèse de ce dispositif et sur son application, pour montrer qu’il demeure inscrit dans un cadre familialiste où un certain degré de violence masculine demeure toujours acceptable. Contretemps vous propose de lire un extrait de la conclusion de l’ouvrage.

L’idée qu’il serait de la responsabilité de l’État de protéger les femmes victimes de la violence de leur (ex)partenaire a initialement été portée par les associations féministes. Dans les années 1970-1980, celles-ci ont réclamé et obtenu des financements publics pour créer des structures d’accueil et d’hébergement, mais aussi pour recruter et former des travailleuses sociales féministes chargées de les animer. Celles que l’on appelle les fémocrates, parce qu’elles œuvrent au sein de l’État, ont ensuite défendu la nécessité d’inscrire ce devoir de protection dans la loi. Dans les années 1980-1990, elles sont parvenues à améliorer leur protection sociale, avant de réclamer au cours des décennies une amélioration de leur traitement judiciaire.

Ce mouvement a débuté par la reconnaissance du caractère aggravé des violences commises sur conjoint ou concubin par la réforme du Code pénal de 1992. Il s’est poursuivi avec l’élargissement de la circonstance aggravante aux « ex » partenaires, ainsi qu’à de nouvelles infractions au milieu des années 2000. Dans les politiques pénales arrimées à ce premier mouvement de judiciarisation, la protection des femmes victimes n’était cependant jamais pensée indépendamment des opérations…

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Auteur: redaction