Violences policières : le combat des familles endeuillées

Le deuil devient une expérience entravée, quand il est rendu impossible par l’absence de reconnaissance publique de la dignité et de la valeur de la vie perdue. Comme le souligne Samah Karaki, neuroscientifique et essayiste (1) : « L’intensité du deuil est un bon indicateur de la valeur qu’on accorde à la vie. Si une vie n’a pas été représentée comme légitime d’exister, comme ayant de la valeur, de la complexité, de la subjectivité, son deuil sera aussi démuni de cette intensité. »

Assa Traoré, depuis la mort de son frère Adama, décédé en 2016 à 24 ans après une interpellation par des gendarmes, refuse l’apaisement de cette douleur : « J’ai enterré mon petit frère, mais sa mort restera inacceptable. Je continuerai de refuser ce deuil, d’en faire une affaire collective. Je ne passerai jamais à autre chose. Adama est une cause, ça ne sera jamais un deuil. Je veux entendre le cœur de mon frère battre dans celui des enfants de demain. »


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Ce refus d’un deuil silencieux ou confisqué traverse de nombreuses familles. Samia, la tante de Souheil El Khalfaoui, 19 ans, tué à Marseille en 2021 par un tir policier, raconte : « J’ai appris le décès de mon neveu par un appel ou plutôt un cri de douleur de ma mère. Je me souviens de ses mots : “La police a tué Souheil.” Je suis allée dans ma chambre, j’ai crié et pleuré pendant des heures en étouffant le bruit dans un oreiller. Il m’a fallu ce temps pour me conditionner et décider de prendre ce rôle dans ma famille, celui de celle qui accompagnera mon frère Issam [père de Souheil] jusqu’au bout pour Souheil, pour que la vérité…

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Auteur: Kamélia Ouaïssa

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