Il y a des dates que nous ne célébrons pas. Nous les portons comme une cicatrice. Le 19 juillet en fait partie. Il y a dix ans, nous marchions pour qu’Adama soit le dernier. En réalité, nous marchions déjà après tant d’autres. Et dix ans plus tard, nous marchons encore pour empêcher qu’un autre prénom ne vienne s’ajouter à la liste.
Je n’étais pas venu parce que je connaissais Adama Traoré. J’étais venu parce que cette histoire faisait écho à tant d’autres que j’avais déjà croisées. Parce que j’avais grandi dans un quartier populaire du nord-est de la France où la défiance envers les institutions ne s’apprenait pas dans les livres mais dans le quotidien. Parce que, comme beaucoup d’autres, j’avais connu les contrôles d’identité répétés, les discriminations ordinaires et normaliser des situations inacceptables. J’étais venu parce qu’un sentiment de tristesse et d’impuissance ne me quittait plus. Parce que je refusais qu’une mort devienne une polémique de plus. Parce que j’avais besoin de retrouver d’autres personnes animées par la même exigence de justice.
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Lorsque je suis arrivé lors de cette marche de novembre 2016, j’ai vu des pancartes se lever. J’ai entendu des conversations s’interrompre lorsque les prises de parole commençaient. J’ai vu des inconnus échanger quelques mots, se regarder, se saluer d’un simple signe de tête, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Je me suis mêlé à la foule avec une sensation étrange : je ne connaissais presque personne et pourtant je ne m’étais jamais senti aussi proche d’eux.
Nous demandions simplement qu’une vie soit…
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