Vivre à côté d'usines, de stations d'épuration, de décharges : comment les « gens du voyage » subissent le racisme environnemental

Juriste et auteur, William Acker est issu des communautés dites des « gens du voyage ». Après un premier livre en 2021, qui montrait que les aires d’accueil sont majoritairement implantées près de sites pollués, il publie Racisme environnemental. Penser la convergence depuis la lutte contre l’antitsiganisme (Éditions du commun).

Reporterre — Vous écrivez connaître le racisme antitsigane « depuis [vos] entrailles », « depuis ce bidonville dans lequel [votre] famille a échoué après la sortie des camps, depuis les enfants qui humiliaient [votre] mère à l’école ». Concrètement, que vivent aujourd’hui les gens du voyage en France ?

William Acker — Il y a d’abord un problème de place. On compte à peu près 300 000 Voyageurs — on ignore le chiffre exact — et seulement 26 000 places d’accueil. L’équation est insoluble. Dès lors, l’installation illicite est inévitable. Des familles sont expulsées toutes les deux semaines de leur lieu de vie, sans aucune perspective.

Celles qui ont une place sur une aire vivent dans un lieu conçu pour le stationnement temporaire : l’aire d’accueil, qui est un parking. Et, comme c’est le seul endroit légal, c’est devenu un lieu de vie permanent. Si l’on part, on perd sa place et on tombe dans l’errance et le harcèlement administratif. À Petit-Quevilly, près de Rouen (Seine-Maritime), des familles vivaient sur l’aire depuis une vingtaine d’années au moment où s’est déclaré l’incendie de l’usine Lubrizol.

Lire aussi : Six ans après l’incendie de Lubrizol, une pollution massive aux PFAS

Impossible aussi d’acheter un terrain et de s’y installer : les documents d’urbanisme interdisent la caravane d’habitation dans la quasi-totalité des communes, même sur un terrain privé. Cela ne se fait que si le maire tolère. Les personnes en situation d’errance subie deviennent des fantômes sociaux, visibles seulement par leur…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi