Vivre (sous, pendant, avec, malgré) Gaza

Peu de temps avant de s’immoler devant l’ambassade d’Israël à Washington, Aaron Bushnell publiait sur les réseaux sociaux un message qui éclairait la radicalité de son acte :

Aaron est ce jeune homme qui, pour « ne plus être complice du génocide » à Gaza, s’est engagé « dans un acte de protestation extrême ». Ces derniers mots, il les prononce alors qu’il se dirige devant l’ambassade où il va s’asperger d’essence et s’enflammer en criant « Free Palestine », quatre fois, avant de s’effondrer. Il succombera à ses blessures. S’imposer donc une douleur physique indescriptible, s’ôter définitivement la possibilité de sentir quoi que ce soit dans la mort, et exprimer ainsi son opposition absolue à un crime tout aussi absolu.

Il est difficile de commenter un tel geste. La moindre des choses serait de le prendre au sérieux et de lui accorder la gravité qu’il réclame : voilà une manière, la sienne, de prendre la mesure de la situation. C’est alors à son interpellation qu’il faut revenir :

« ‘What would I do if my country was committing genocide ?’ The answer is, you’re doing it. Right now. »

Cette question nous est familière. Elle accompagne plus ou moins consciemment la connaissance que nous avons des crimes absolus qui constituent le fond de l’histoire occidentale depuis l’époque moderne. Sans remonter si loin, qu’aurions-nous fait quand la police française raflait des juifs, et quand les Allemands les chassaient sur le territoire français occupé, ou si nous avions été Allemands sous le troisième Reich ? Qu’aurions-nous fait pendant la guerre d’Algérie, si nous avions été appelés par exemple, et témoins de la torture systématique ? Qu’aurions-nous fait en métropole le 17 octobre 1961 et les jours qui ont suivi le massacre des Algériens ? La question appelle une alternative : aurions-nous été de ceux qui se sont opposés d’une manière ou d’une…

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Auteur: dev