Arçais (Deux-Sèvres), reportage
Dimanche 28 juin, 1 h 30 du matin : un agent de l’Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise (IIBSN), alerté par l’effondrement du niveau d’eau dans un canal du Marais poitevin, se rend sur le barrage du Poissonnet, à Arçais (Deux-Sèvres). Armoire électrique fracturée, vannes grandes ouvertes… En moins de deux heures, l’ouvrage a laissé filer 100 millions de litres d’eau, abaissant le niveau d’eau des canaux de 8 centimètres. Trois jours plus tôt, c’était le barrage de La Rabatière à La Ronde, quelques kilomètres en aval, qui s’était ouvert — sans effraction cette fois-ci.
Au total, 300 000 m3 d’eau auraient été transférés du Marais mouillé vers le Marais sec, l’équivalent de la moitié de la mégabassine de Sainte-Soline. L’IIBSN ainsi que le Syndicat des Marais mouillés des Deux-Sèvres (propriétaire des barrages) ont porté plainte pour vandalisme. De l’avis des acteurs du dossier interrogés par Reporterre, le motif de ces sabotages ne fait pratiquement aucun doute : il s’agirait d’un vol d’eau au cœur d’un épisode de sécheresse historique.
Une fuite d’eau qui profiterait aux grandes exploitations céréalières
Cette hypothèse s’appuie sur le fonctionnement complexe de l’eau dans le Marais poitevin. Le bassin de la Sèvre niortaise a été aménagé en escalier pour descendre à petits pas les 10 mètres d’altitude qui séparent Niort et l’océan. À chaque étage — nommé bief —, les barrages maintiennent un niveau d’eau déterminé pour alimenter les écosystèmes et les activités humaines (principalement l’agriculture et la batellerie).
Or les deux barrages ouverts ces dernières semaines se situent sur le bief des Bourdettes, la « frontière » entre le très touristique et arboré Marais mouillé et le Marais desséché étalant ses plaines de maïs, colza et autres tournesols jusqu’à…
Auteur: Sylvain Lapoix

