« Cher pape Léon… » Il faut de l’audace pour écrire ces trois mots. Quand au milieu de l’été La Croix a proposé à ses lecteurs de s’adresser personnellement à celui qui, dans quelques jours, vient visiter notre pays, nous n’imaginions pas que les réponses afflueraient en si grand nombre. L’exercice est intimidant. Combien allaient renoncer à force d’« à quoi bon », de « pourquoi moi » ? Quelques semaines plus tard, nous nous sommes trouvés devant une pile volumineuse de messages venus de métropole, d’outre-mer et d’ailleurs.
Plus que leur quantité, c’est leur teneur, leur ton, leur sincérité, leur humilité, leur variété, qui en fondent la valeur. Ceux d’entre nous qui, les premiers, les ont lus intégralement, n’ont pu le faire sans trembler. Confidences, prières, colères, joies, détresses, désaccords, espoirs. Rien ne sert de les résumer. Ce serait comme vouloir comprimer une âme. Et puis il ne s’agit pas d’une étude de sociologie. Il faut, en les lisant, se représenter chacune de ces personnes dans sa solitude, au moment où, en ce mois d’août caniculaire, elle a passé quelques minutes, parfois bien plus, à écrire ces mots : « Cher pape Léon… »
Ce qui saute alors aux yeux, c’est l’abolition de toute distance dès lors qu’est franchi le seuil qui ouvre à l’ordre du cœur. « Très Saint-Père » ? Bien sûr, c’est l’usage. On doit mettre les formes quand on s’adresse au « souverain pontife ». Mais passé les marques de déférence, par un singulier tour de l’Esprit, cet évêque de Rome venu des Amériques – qui aurait tout pour leur paraître lointain – devient un proche, un prochain. Dans leurs lettres, ces femmes et ces hommes lui parlent comme à un ami, un frère, un père, en confiance et en vérité. Léon XIV vient à la rencontre des Français. Il semble que les lecteurs de La Croix le connaissent…
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