Le Pays basque aime cultiver ses particularismes. En matière de circuits courts financiers s’y épanouissent l’eusko, la première monnaie complémentaire d’Europe, Herrikoa, une des premières sociétés de capital solidaire en France et les Clefe, des associations qui prêtent aux femmes entrepreneuses. « Je fais partie d’une génération qui a lancé les premiers Clefe dans les années 1990 »,indique Jean-Michel Letchaureguy, à Saint-Jean-le-Vieux, lors d’une réunion de relance des Clefe cet été avec l’association Andere Nahia, qui soutient elle aussi l’entrepreneuriat des femmes. « On a démarré avec des francs ! »
Tous ces pionniers restent persuadés de l’intérêt des clubs d’épargne pour des projets qui peuvent paraître fragiles au départ. Marie-Luce Garat connaît bien les deux faces de leur fonctionnement : « Avant d’ouvrir mon entreprise, j’ai assisté à une réunion de présentation. Comme je n’étais pas complètement prête à démarrer, j’ai commencé à épargner 30 € par mois dans le Clefe pour d’autres entreprises. On donne de l’argent mais aussi des conseils, et on crée un réseau économique. »
Une fois que le projet de Kolorez, un atelier de décor peint et de dorure à Saint-Martin-d’Arberoue, a été mûr, elle a pu solliciter à son tour 6 000 € pour ses premiers aménagements. « C’était vital pour mon entreprise, car la banque ne voulait pas m’accorder d’emprunt supplémentaire », souligne Marie-Luce Garat. Pour l’aider, les épargnants locaux avaient créé un Clefe dédié : l’intégralité de la collecte d’épargne lui était consacrée. Mais en général, un Clefe soutient plusieurs projets après avoir épargné pendant un ou deux ans, de 10 à 50 € par mois.
L’épargne se reconstitue aussi avec les remboursements des entrepreneuses, le plus souvent sans intérêt ou au taux du livret A pour les prêteurs. C’est comme cela que les Clefe…
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Auteur: Éric Larpin

