« Les femmes migrantes doivent intégrer le viol comme un élément du voyage. » C’est une terrible conclusion qu’assène dans une tribune Smaïn Laacher, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg. « Il n’existe, nulle part au monde, de trajet sûr pour les femmes qui s’exilent. Accompagnées ou non […]. Les témoignages abondent quand les femmes accèdent à la parole. » Du viol « gratuit » à des actes sexuels exigés contre un transport, de la nourriture ou une protection, la grande précarité des femmes et des jeunes filles sur la route de l’exil en fait des proies toutes désignées.
Les données sont partielles, parfois extrapolées, généralement sous-estimées, tant il est délicat, souvent, de recueillir les récits d’exactions aussi traumatisantes : l’intérêt spontané des « survivantes » (terme régulièrement utilisé par les ONG pour donner la mesure de leurs épreuves) n’est généralement pas de s’exposer, car elles redoutent des représailles ou d’être rejetées par leur communauté si « ça » se sait.
Zone grise du droit international
Selon la Banque mondiale, plus de 40 % des femmes qui migrent de l’Amérique centrale vers les États-Unis ont été victimes en route de violences physiques, sexuelles ou psychologiques. Le Centre Primo-Levi, engagé en faveur des victimes de la torture et de la violence politique exilées en France, révélait que la « quasi-totalité » des 213 femmes qu’il a accompagnées en 2021 ont subi des violences sexuelles, « soit dans leur pays d’origine, soit sur le chemin de l’exil ». Au sein de certains groupes, l’ONG Women’s Refugee Commission (WRC) identifiait une proportion effarante de 90 % de femmes et de jeunes filles ayant subi des violences sexuelles lors de leur exil entre la Méditerranée centrale et l’Italie en 2019, particulièrement lors de…
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Auteur: Patrick Piro

