Anne Bouillon est avocate et défend des femmes victimes de violences sexuelles ou des familles qui se portent partie civile après un féminicide. Le 3 octobre, elle fait paraître aux éditions L’Iconoclaste un livre passionnant sur son combat, l’égalité et la fin des violences de genre, Affaires de femmes : une vie à plaider pour elles. Un ouvrage qui permet, par les questions qu’il pose sur le rôle de la justice, la place des victimes, ou les changements à introduire dans la loi, d’éclairer d’une lumière singulière le procès des violeurs de Mazan. Et d’imaginer ce que l’institution judiciaire peut, ou ne peut pas faire seule, contre la violence que produit le système patriarcal.
Gisèle Pelicot a voulu la levée du huis clos, et pourtant le président de la Cour criminelle du Vaucluse a décidé d’exclure la presse lorsque les images de viol sont diffusées. Cette décision marque-t-elle le refus d’écouter ce que souhaite la victime ?
Anne Bouillon : C’est très compliqué de répondre à cette question. Je n’y suis pas, donc je ne peux pas commenter sans avoir les tenants et les aboutissants des débats. On a déjà été confrontés à ce genre de situations, notamment des dossiers de viols où on détenait des images. Et elles n’étaient pas diffusées, même si le procès était public. Dans une certaine mesure, je m’interroge sur ce que la diffusion des images viendrait rajouter aux débats et au débat de société en général. On sait, on a compris de quoi il s’agissait. Ces images doivent-elles être diffusées pour comprendre de quoi on parle ? Je n’en sais rien. Ce qu’on peut dire, c’est qu’en règle générale, ce n’est ni la victime ni l’accusé qui a l’administration du procès. La police de l’audience reste l’apanage du président ou de la présidente de la cour.
Ce procès, comme tous les procès de viols, ne met en…
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Auteur: Hugo Boursier

