« Pour moi, Kadhafi restera à jamais ici », s’exclame Mohamed Salah en plaçant la paume de sa main sur son cœur. Dans son épicerie du centre-ville de Tripoli, le quadragénaire assure d’ailleurs que « sans Kadhafi, Nicolas Sarkozy ne serait jamais devenu président ! ». Dans la capitale libyenne, les nostalgiques du « Guide » déchu en 2011 dans la foulée de l’intervention militaire française sont probablement les plus satisfaits de voir l’ancien président français sur le banc des accusés.
Sa campagne se serait en partie jouée dans cette même ville, en 2005, lors de rencontres entre plusieurs intermédiaires des deux chefs d’État. Brice Hortefeux et Claude Guéant, côté français, mais aussi Bachir Saleh ou encore Abdallah Senoussi. Sur les réseaux sociaux et dans les médias libyens, l’intérêt du public se porte d’ailleurs surtout sur le rôle joué par ces dignitaires de la Jamahiriya, aujourd’hui en exil ou en prison.
Un ressentiment largement partagé
« Les Libyens considèrent ce procès comme une affaire française, ils ne le suivent pas, à part quelques éléments », assure Saïd Laswad, rédacteur en chef de l’hebdomadaire anglophone Tripoli Post. Selon ce vétéran du journalisme, qui a couvert le rapprochement entre Paris et Tripoli puis la révolution, « le ressentiment envers Nicolas Sarkozy ne se limite pas aux pro-Kadhafi, mais concerne une vaste majorité de la population ».
Dans une Libye profondément divisée, le nom de l’ancien président français provoque en effet des réactions unanimes. « À Benghazi, les gens étaient heureux et ont accueilli Sarkozy car ils souhaitaient la chute du régime », se remémore Bader (le prénom a été modifié), journaliste originaire de la grande ville de l’Est, foyer de la révolution. Il avait 21 ans en septembre 2011, lorsque Nicolas Sarkozy s’était rendu dans sa ville pour y prononcer un discours aux côtés de David Cameron, avant…
Auteur: Driss Rejichi, envoyé spécial à Tripoli (Libye)

