Bourgade anglaise à 120 kilomètres au nord-ouest de Londres, dans le Warwickshire, Rugby est connue pour son école, devenue le lieu saint de l’ovale, ou si l’on voulait poursuivre la métaphore religieuse, le « Bethléem » du jeu de rugby. Parmi les équipes de passage, seules les plus prestigieuses obtiennent exceptionnellement le droit d’en fouler la pelouse et de s’y entraîner.
Rugby, une école privée prestigieuse
Fondée en 1567 pour accueillir des garçons des familles aristocratiques, l’école déménagea en 1750 pour s’installer dans un parc de huit hectares aux abords de la ville, Old Manor House. Rugby est une public school, c’est-à-dire l’un des plus célèbres collèges privés d’Angleterre. On appelle en effet en anglais « public school », curieusement pour un Français formé aux préceptes de Jules Ferry, ces prestigieux établissements privés comme Eton, Winchester ou Harrow.
Rugby compte parmi ses anciens élèves célèbres le poète de guerre et grand sportif Rupert Brooke, le Premier ministre Neville Chamberlain, ou encore le poète et critique Matthew Arnold, fils du directeur de l’école Thomas Arnold. L’écrivain et mathématicien Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, est du nombre. Si l’auteur d’Alice au Pays des Merveilles n’y fut pas très heureux et en garda même un mauvais souvenir, il y excella en mathématiques. Dans la bibliothèque de l’école est exposé son manuel où l’on peut lire cette inscription en latin : « Ce livre appartient à Charles Lutwidge Dodgson, ne pas toucher ! » Plus récemment Salman Rushdie y fut également élève, surtout fier en fait de fréquenter, dira-t-il, l’école de Lewis Carroll.
Charles Dickens situa dans la petite ville de Rugby certaines de ses nouvelles en 1866 dans un recueil intitulé Mugby Junction, où le nom inventé « Mugby » déguise à peine le nom de la ville. Dickens y moque en particulier la gare…
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Auteur: Jean Viviès, Professeur de littérature britannique, Aix-Marseille Université (AMU)

