À partir du constat que la critique du prétendu « wokisme » est devenue l’un des principaux piliers du discours et des pratiques de l’extrême-droite contemporaine et qu’elle sert à réprimer tout autant les revendications des groupes ou minorités opprimés, les mobilisations écologistes et pro-palestiniennes que le combat contre l‘islamophobie, je formulerai ici deux hypothèses.
- La première est que, loin d’être un aspect secondaire des rapports de force actuels ou la simple expression conjoncturelle des luttes de factions au sein du capital, l’anti-« wokisme » est la manifestation du découplage historique entre capitalisme et libéralisme politique.
- La seconde est que saisir toute la portée de cette évolution implique une actualisation stratégique qui consiste pour l’ensemble du camp anticapitaliste à se délester des débats obsolètes à propos de la « politique de l’identité » ou des luttes en faveur de la « reconnaissance » et de l’obtention de droits libéraux.
Je plaide donc ici pour une prise en compte de la restructuration et de la clarification des antagonismes propres au déploiement du capitalisme autoritaire et post-libéral afin d’identifier les nouvelles lignes de partage que ce déploiement implique. Autrement dit, il s’agit de circonscrire le champ contemporain de l’irréconciliable.
Pour cela, je vais marquer le contraste entre l’ancien monde, celui qui disparait sous nos yeux, et celui qui est en passe de le remplacer.
Thèses sur l’ancien monde
I
L’ancien monde, tout d’abord : l’alliance entre capitalisme et libéralisme politique qui s’est nouée dès le XIXe siècle s’est caractérisée par sa formidable capacité de neutralisation des antagonismes. La distribution généralisée de biens matériels et juridiques – c’est-à-dire de marchandises et de droits – a été l’instrument du processus de capture des forces contestataires. Cette capture, en tant…
Auteur: dev

