Y a-t-il vraiment une explosion de l’insécurité en France ?

À l’approche de la présidentielle de 2027, il fait peu de doutes que ce sujet squattera les bandeaux des chaînes d’infos. Mais les journalistes et les commentateurs de plateaux répondront-ils vraiment à la question « y a t-il une augmentation de l’insécurité en France ? » S’appuieront-ils sur les bons rapports ? C’est moins sûr. 

Décryptage du concept de « sécurité » et de la manière dont la délinquance est calculée et surtout racontée.

La sécurité : une définition impossible ?

Le sociologue et philosophe Walter Bryce Gallie considère que la sécurité est un « concept essentiellement contesté. » Autrement dit et au même titre que l’art ou la justice, la sécurité ne peut avoir de définition précise, tant elle sous-entend des significations, des définitions changeantes par rapport au temps et au lieu et à ses modes d’applications. 

Le théoricien des relations internationales Arnold Wolfers, quant à lui, a proposé, en 1952, une définition qui est aujourd’hui très utilisée en droit : « La sécurité, dans un sens objectif, mesure l’absence de menaces sur les valeurs centrales ou, dans un sens subjectif, l’absence de peur que ces valeurs centrales ne fassent l’objet d’une attaque. » Cette définition ne dit pas le sujet (qui est menacé ?) et bien évidemment ne précise pas ce qu’est une valeur centrale. À chacune et chacun d’en juger donc. Et cette incertitude, les médias l’exploitent à fond.

Le sociologue Gérard Mauger rappelle que ce sont les médias qui contribuent depuis un petit moment à faire de la sécurité un « problème de société » en « imposant son existence et son importance ». En clair, l’insécurité a beau avoir diminué drastiquement sur une période longue, elle est omniprésente dans les médias depuis une trentaine d’années. 

La question de la sécurité sert ici d’épouvantail, car, comme le décrit le…

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Auteur: Mathieu Brand