Passagères de nuit / Yanick Lahens / Sabine Wespieser Éditeur, 223 pages, 20 euros.
« Régina, Régina, réveille-toi, leve, leve, tu n’es pas venue ici pour te reposer, ou pa vini isit pou kale wès… » Dans Passagères de nuit, le nouveau roman de Yanick Lahens, se glissent des mots de créole. Quand la traduction n’est pas directement donnée dans le texte comme ici, le lecteur peut se référer à un glossaire en fin de volume. Dans ses écrits, Yanick Lahens affectionne de plus en plus cette rencontre des deux langues. Certainement pas par goût de l’exotisme, elle en a horreur.
Sa prose se caractérise par un lyrisme tempéré parsemé de formules imagées mais ramassées, imprimant un rythme jamais relâché. « Le créole enrichit le français », dit-elle. Enfant, elle le parlait avec ses proches, mais le français était la langue de l’école, celle de la promotion sociale. En outre, précise-t-elle, « comme le créole était considéré comme une langue populaire et même vulgaire, il y avait une barrière de genre : les garçons étaient davantage autorisés à le parler que les filles ».
Grande figure de la littérature haïtienne contemporaine, au même titre que Lyonel Trouillot, autrice de romans, de nouvelles et de récits, Yanick Lahens a aussi exercé une carrière universitaire et a été invitée en 2019 à donner un cours – passionnant (1) – au Collège de France en tant que titulaire de la chaire Mondes francophones. C’est peut-être pour cette raison que lorsqu’on lui pose une question la concernant, sur son rapport à ces deux langues par exemple, elle ne s’en tient pas à son cas personnel, mais trace une perspective plus large. C’est également parce qu’en France nombre de ses interlocuteurs méconnaissent – pour…
Auteur: Christophe Kantcheff

