Les Nouveaux Serfs de l’économie, Yanis Varoufakis, traduit de l’anglais par Morgane Iserte, Les Liens qui libèrent, 352 pages, 24,90 euros
Professeur d’économie à l’université d’Athènes, après avoir tenté en vain, comme ministre de l’Économie, de résister aux diktats néolibéraux de l’Union européenne, de la Banque mondiale et du FMI lors de la crise grecque de 2015, Yanis Varoufakis propose aujourd’hui une analyse novatrice de l’économie mondiale, à l’heure de l’immense concentration des richesses par les géants du Net.
Votre livre souligne une transformation, voire la mort, du vieux capitalisme en un « techno-féodalisme ». Que recouvre ce terme ? Et qu’appelez-vous le « cloud capital » ?
Yanis Varoufakis : Le capital a toujours existé – bien avant même le capitalisme ! Le capital, ce sont d’abord des machines qui servent à produire d’autres biens : charrues, outils, tracteurs, machines à vapeur, etc. Or, il y a à peine une vingtaine d’années, le capital, tel un virus, a muté en une nouvelle forme, qui est le cloud capital : celui que chacun d’entre nous renferme dans son smartphone ! Cette nouvelle forme de capital a d’ores et déjà entraîné une mutation globale du capitalisme.
En quoi ce cloud capital est-il différent du capital traditionnel ? Ce dernier, nous l’avons dit, était destiné à produire des biens de consommation à l’aide de machines ; le « cloud capital », lui, vise à modifier nos comportements. Google, Amazon, Apple, Airbnb, Uber ou Tesla détiennent leur capital au sein de leurs clouds, qui sont leurs serveurs en fibres optiques, regroupés dans d’immenses fermes qui stockent toutes vos données quand vous communiquez avec ces entreprises.
Ce type de capital a donc…
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Auteur: Olivier Doubre

