Yann Tiersen est humble et chaleureux. Il a reçu La Relève et La Peste lors de son passage à l’Atabal, à Biarritz. Expédition de 4 mois et 110 jours en mer jusqu’au Svalbard, à bord de son voilier Ninnog, interviews bouleversantes avec des scientifiques, participation au blocage de la plus grande raffinerie de Norvège… Plongée au cœur des inspirations de cet artiste aux multiples instruments.
LR&LP : As-tu toujours eu cette conscience écologique ou as-tu vécu un déclic ?
Yann Tiersen : Je me suis toujours senti connecté avec la nature. Le déclic s’est fait il y a une dizaine d’années, lorsque je traversais la Californie à vélo avec ma compagne. Lors d’une journée, on avait 12 heures de vélo à faire et on avait décidé de passer par une piste. Et au bout de 6 heures, je me suis retrouvé face à un puma.
Il a été effrayé par la seule voiture qui est passée de la journée, avec des Américains dedans, un peu bêtes, qui auraient voulu prendre des photos du puma mais ont refusé de nous emmener avec eux, surtout. Résultat, on a roulé 6 heures de plus au milieu de cette forêt, en sachant qu’il y avait peut-être le puma encore qui nous traquait parce qu’il nous avait suivi pendant 20 minutes. On avait entendu des bruits, mais on ne savait pas ce que c’était.
Pendant 6 heures, on a eu très peur. Un mois après notre mésaventure, des cyclistes se sont faits tuer par un puma dans l’État de Washington. Les pumas, qu’ils appellent mountain lions, ne recherchent pas le contact avec les humains mais c’était la période où ils nourrissaient les petits. C’était un mauvais timing.
On aurait pu mourir ce jour-là. Et je me suis aperçu que je n’avais pas écouté les signaux. On avait croisé des Premières Nations qui nous avaient fait des signes un peu cryptiques juste avant qu’on aille sur le chemin. Je pense qu’ils essayaient de nous prévenir. Ce moment m’a beaucoup marqué.
J’ai réalisé…
Auteur: Laurie Debove

