Yolande Moreau et la fantaisie de l’ordinaire

La Fiancée du poète ***

de Yolande Moreau

Film français, 1 h 43

Charleville-Mézières est la ville de naissance d’Arthur Rimbaud, et ce n’est pas un hasard si ­Yolande Moreau y a posé ses caméras pour tourner son troisième film en vingt ans comme réalisatrice. Avec sa grâce habituelle – on se souvient de son personnage d’Irène dans Quand la mer monte… (2004) –, elle transforme une ancienne maison de maître en bord de Meuse en un territoire de poésie et de fantaisie où tous les possibles sont permis. Surtout quand il s’agit d’amour, de rêves et de chaleur humaine. Loin, très loin du quotidien ordinaire de son personnage, Mireille, qui au terme d’une vie cabossée revient poser ses valises dans sa ville ­natale.

Serveuse à la cafétéria des Beaux-Arts, faute de mieux, elle s’adonne à différents petits trafics pour faire bouillir la marmite et entretenir la maison délabrée héritée de ses parents, de riches industriels locaux. Lorsque le père Benoit – étonnant William ­Sheller dans son premier rôle au cinéma – lui conseille de « s’ouvrir aux autres », elle décide d’accueillir trois locataires. Trois hommes et autant de « tricheurs », qui mentent aux autres comme à eux-mêmes. Il y a là Cyril, l’étudiant qui copie les grands maîtres pour mieux tutoyer le génie, Bernard le jardinier communal et père de deux enfants qui se travestit en femme le soir venu, et enfin ­Elvis, le clandestin turc rhabillé en chanteur de country américain. Ils forment une communauté de doux dingues qui finit par trouver l’harmonie. Jusqu’au retour du « Poète », le premier amour de Mireille, un plombier espagnol incarné par Sergi Lopez, qui se faisait passer pour André Pieyre de Mandiargues…

Yolande Moreau retrouve son personnage de vieille jeune fille un peu naïve, rêvant d’amour et de poésie, dans ce film faussement foutraque où chacun tient impeccablement sa partition, avec une…

La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: Céline Rouden