Ytres (Pas-de-Calais), reportage
Combinaison grise maculée de boue et bottes aux pieds, Yves Courtaux remonte ses champs la mine contrariée. Sur sa douzaine d’hectares à la sortie du village d’Ytres, dans le Pas-de-Calais, l’agriculteur de 56 ans désigne une partie de son sol grossièrement retourné au milieu de son seigle fraîchement semé. Il y a quelques jours, des démineurs ont fouillé la terre à la recherche de munitions datant de la Première Guerre mondiale, dans une région constellée par ces vestiges centenaires. Sans pour autant, selon lui, respecter leurs obligations.
« Ils ont encore tout saccagé, ils ne respectent rien, c’est devenu insupportable », dit le paysan en soupirant. La colère est d’autant plus grande pour celui qui pratique depuis 2002 sur son installation une agriculture de conservation des sols, une méthode durable qui les préserve et les régénère tout en augmentant la biodiversité. « Ils sont censés remettre tout en ordre derrière leur passage. Là, rien n’a été fait, ils détruisent mon travail depuis vingt ans. »
Bientôt, Yves Courtaux pourrait même ne plus pouvoir exploiter cette terre. Depuis le 21 novembre 2024, elle fait l’objet d’un arrêté de prise de possession anticipée dans le cadre du chantier du canal Seine-Nord Europe. Le tracé du « chantier du siècle », défini lui dès 2015, prévoit de frôler les bâtiments de sa ferme et d’amputer un quart de sa surface agricole de 47 hectares.
Sur ce terrain culminant à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, les travaux de terrassement promettent d’être impressionnants. Selon l’agriculteur, la société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE) prévoit de creuser sur ses terres jusqu’à 50 m de profondeur et sur 200 m de large.
En contrepartie, la SCSNE garantit aux « exploitants concernés de retrouver un parcellaire équivalent en valeur agronomique et en surface. Sur le secteur de Ytres, cet…
Auteur: Simon Henry, Stéphane Dubromel

