Le 4 avril 2026, à Évin-Malmaison, dans le Pas-de-Calais, Zakariyya Seddaoui, vingt-trois ans, est interpellé dans la cour de la maison familiale où il dit s’être rendu pour prendre des nouvelles de sa mère. Les éléments rendus publics font apparaître une scène d’emblée disputée, puisqu’au récit d’un contrôle routier suivi d’un refus d’obtempérer, tel qu’il est présenté par le parquet de Béthune, répond celui d’une famille qui décrit une intervention policière d’une extrême violence, sur le seuil d’un domicile, devant les proches, avec un jeune homme maintenu au sol et placé, selon eux, dans une détresse respiratoire telle qu’ils ont cru le voir perdre connaissance, voire mourir sous leurs yeux : « Un des policiers a étranglé mon fils. Son visage était tout bleu. Son corps se tordait de douleur et on voyait ses yeux rouler. »
Cette divergence initiale ne relève pas seulement d’une incertitude factuelle que l’enquête devra lever- Elle engage déjà le cadre dans lequel l’événement pourra être compris, nommé, juridiquement traité et politiquement pensé. Selon la langue qui s’impose, la scène ne produit pas le même sens. Elle peut apparaître comme la suite nécessaire d’une interpellation difficile, ou comme le moment où un corps est exposé à une mise en danger vitale. Elle peut être regardée depuis la maîtrise d’un individu présenté comme récalcitrant, ou depuis la suffocation d’un jeune homme saisi au moment où il rejoignait les siens. C’est cet écart, entre la langue de l’intervention et l’expérience d’un corps qui manque d’air, qui constitue le point de départ de ce texte.
Il faut donc partir de la scène elle-même, et ne pas la recouvrir trop vite par des généralités sur les violences policières. L’affaire Zakariyya Seddaoui demande que soient d’abord tenus ensemble le lieu précis de l’interpellation, la présence des parents, les images…
Auteur: dev

