Zinc, plomb et étain : l'extraction minière au prix « d'une culture de la mort »

Potosí (Bolivie), reportage

Sur les hauteurs du Cerro Rico, à 4 350 mètres d’altitude, des volutes de vapeur s’échappent de la mine El Trueno. Une demi-douzaine de chiens aux côtes saillantes observent les nouveaux venus d’un œil méfiant. Aux abords des rails qui mènent sous terre, quelques cabanes en briques de terre séchée et au toit de tôle. Silvia Mamani Armijo reçoit dans la pièce de 12 m² qu’elle partage avec ses trois filles et qui fait aussi office de cuisine. Dans un coin, les casiers de bouteilles de bière qu’elle vend aux mineurs s’entassent presque jusqu’au plafond.

Derrière elle, on distingue un portrait de Melanio, son mari, mort il y a un an et demi. « Un jour, il est allé chercher son salaire et boire. Quand il est revenu, il s’est endormi et ne s’est jamais réveillé. » Mort à moins de 40 ans, après dix-huit années à travailler dans les mines. Une victime de l’industrie minière locale ?

« On l’a retrouvé complètement détroussé »

Assise sur un lit à deux étages, son petit cochon d’Inde de compagnie sur les genoux, Silvia retrace leur histoire commune. Elle a grandi sur le Cerro Rico car, comme elle, sa mère est guardabocamina« gardienne de mine ». À 16 ans, à l’entrée de la mine, elle a rencontré Melanio, venu creuser la montagne. « Il était très prudent quand il travaillait, il savait où perforer, quand faire attention… raconte-t-elle. Il connaissait les risques et savait qu’il pouvait y avoir des effondrements. »

Après plusieurs années à travailler comme femme de ménage « en bas », c’est-à-dire en ville, Silvia Mamani Armijo s’est installée avec Melanio aux abords de la mine El Trueno, il y a cinq ans. À la mort de son mari, elle n’a pas reçu un seul centime de la coopérative. « Mais, au moins, ils ne m’ont pas jetée dehors, parce que ça arrive parfois », dit-elle sans ironie.

Depuis, elle continue à…

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Auteur: Nils Sabin, Sara Aliaga

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