En 1913, Apollinaire ouvrait Alcools avec « Zone », qui commençait par « À la fin tu es las de ce monde ancien » et s’achevait sur « Adieu Adieu / Soleil cou coupé ». Cent treize ans plus tard, « Zone 2026 » s’empare de ce monument de la poésie française à la manière des casseurs. Écrit à chaud autour du 17 octobre, le poème traverse dix années de macronisme, des Gilets jaunes aux blocus lycéens, en mêlant colère, souvenirs et joie.
Wallah ce monde j’en peux plus frère
Tour Eiffel nique ta mère
Leurs monuments aux morts, c’est dead
Brûlez leurs Tesla et leurs SUV 2mer2
Eux qui se croient au temps des croisés
Qui comptent les enfants morts en contrats de Rafale
Prêts à grand remplacer la joie par des bombes
La France de la start-up nation pue la naphtaline
Tous ces vieux qui boivent CNews toute honte bue
Qui regrettent une France qu’ils n’ont pas connue
Le maréchal leur souhaite une bonne nuit
La poésie de ce monde n’est plus très réjouissante
Mieux vaut regarder un TikTok de lycéen
Il y a des dinosaures qui dansent dans la foule
Les lives de blocus font des millions de vues
J’ai vu hier un vieux sur un scooter PMR
Suivi par une liesse de lycéens en folie
Des images qu’on ne voit pas – Trotro aux infos !
Sur les plateaux ils ont tous des costumes
Qui porte des costumes dans la vraie vie ?
Je veux voir un gamin en Under Amour cagoulé
Balancer des pétards sur l’Élysée
Du lundi matin au samedi soir on n’en peut plus gros
Dans le RER on voyage en classe animale
Au lycée on nous demande notre carte d’identité
La sonnerie a été remplacée par les sirènes de keufs
Des cochons sans RIO se promènent dans les rues
Liberté Égalité Fraternité brille au fronton des mairies
On choisit ses mots pour ne pas faire de vagues
Radio Mille Collines est partout sur les ondes
Voici que les conscrits ont moins de dix-huit ans
Ton père ne te parle plus ou tu ne parles plus à ton…
Auteur: dev
