Zyned, Bouna, on n'oublie pas

Lundi 27 octobre, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, en mémoire de Zyed et Bouna, deux adolescents morts vingt ans plus tôt, jour pour jour, alors qu’ils fuyaient un contrôle de police.

Parmi les présents, la députée du département et vice-présidente de l’Assemblée nationale Nadège Abomangoli, le maire de la ville Olivier Klein, le journaliste et animateur Raphäl Yem, venu avec sa fille pour assumer « un devoir de transmission », des militants incontournables comme Mohamed Mechmache, Samir Mihi, Almamy Kanouté.

©Eros Sana

Surtout, il y a la famille de Bouna Traoré. Digne, émue, fragile et forte. Diadié, son père, Siyakha, son frère, Myriam et Moussa, les cousins.

La presse, elle, était absente, à quelques exceptions près. Une absence qui confine à l’indifférence. L’indifférence est une autre forme de linceul. Elle ensevelit la douleur des mères, des pères, des frères, des sœurs, sous un épais manteau de silence médiatique et politique.

« Présomption de non-innocence »

En banlieue, on pleure ses morts dans son coin, dans un entre-soi imposé, comme si la valeur du chagrin était indexée sur le code postal de celles et ceux dont on commémore la mémoire. La même indifférence qui s’installe dans les journaux, sur les plateaux télé des chaînes d’info en continu, comme si la douleur des banlieues appartenait à un autre peuple, à une autre géographie. Comme les quartiers populaires, cette douleur est reléguée, rendue périphérique. Elle n’est pas considérée comme une douleur « nationale ». C’est peut-être là le trauma fondamental : le déni de la légitimité à souffrir.

Car de quoi parle-t-on ?

Le 27 octobre 2005, des adolescents couraient après un ballon. Parmi eux, Zyed Benna et Muhittin Altun, 17 ans tous les deux, et Bouna Traoré, 15 ans. Leurs voix devaient se mêler aux bruits du quartier, à…

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Auteur: Eros Sana

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