Le pouvoir social se construit avant de se voir

Chers amis

Je vous adresse mes salutations depuis les locaux de l’Institut Tricontinental de Recherches sociales.

De la famine du Bengale de 1943 à l’élection du gouvernement du Front de gauche en 1977, le mouvement communiste du Bengale occidental, en Inde, a patiemment renforcé son influence auprès des ouvriers, des paysans, des réfugiés, des étudiants et des acteurs culturels. À travers les campagnes pour le pain et la terre, le renforcement du pouvoir syndical, la mobilisation des réfugiés et la résistance à la répression d’État, la gauche a obtenu bien plus que la simple satisfaction de revendications immédiates. Elle a créé des instruments de combat durables, formé des générations d’organisateurs et développé une culture politique commune inscrivant les revendications des différentes couches de la population dans une lutte commune. La victoire dans les urnes en 1977 n’a pas soudainement produit un pouvoir social ; elle a plutôt révélé le pouvoir social qui s’était lentement construit durant les trente années précédentes.

On confond souvent énergie populaire et pouvoir social. Des foules immenses répondent à l’appel d’un leader, un mot d’ordre enflamme les réseaux sociaux, une manifestation submerge les rues, et l’on s’empresse d’y voir la marque d’un mouvement puissant. Ces phénomènes témoignent certes d’une visibilité, d’un élan ou d’une conjoncture favorable, mais ils ne constituent pas — en eux-mêmes — la preuve d’une force organisée : une foule peut se disperser, une élection être perdue et un slogan disparaître aussi vite qu’il s’est répandu. Le pouvoir social est quelque chose de plus profond. Il tient dans la capacité d’une classe organisée à peser sur la marche de la société, à donner une direction aux aspirations individuelles et à faire de sa vision du monde le sens commun d’une époque.

Le pouvoir social de la classe capitaliste ne tient pas à…

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Auteur: Vijay PRASHAD