C’est une vidéo comme il s’en poste des dizaines chaque jour. Un jeune homme se filme longeant une rivière, surplombée par des montagnes. Mais lui, il s’appelle Omar. Et il s’adresse en ces mots à ceux qui le regardent : « Quittez vos quartiers, faites de la randonnée, ça m’a ouvert les yeux. » Ce qu’il reçoit en retour : un déferlement de messages racistes nauséabonds, résumés à une idée, « ils ne vont pas commencer à venir dans nos montagnes ».
Si les sentiers de montagne sont volontiers présentés comme des havres de ressourcement universels, la réalité est, comme le montre l’histoire d’Omar, plus rugueuse : pour une partie de la population française, s’y aventurer, c’est traverser une frontière invisible. Et parfois se faire violemment rappeler qu’on l’a franchie.
« On ne connaissait même pas le nom du massif qui était à 500 mètres de chez nous »
Foued a flirté avec cette frontière presque toute sa vie. Il a grandi à Voreppe, commune proche de Grenoble, bordée par les falaises du Vercors et celles du massif de la Chartreuse. Franco-algérien de 48 ans, il a longtemps tout ignoré des montagnes, comme ses copains de quartier : « On ne connaissait même pas le nom du massif qui était à 500 mètres de chez nous. » Enfant, sa mère tombe malade et il est placé en foyer, en plein Vercors : deux ans de ski, de randonnées, de bivouacs. « La montagne m’a aidé à traverser cette dure période. » Le weekend, il rentre chez son père, au quartier. Où personne parmi ses copains ne sait skier.
Il faudra des années, et un collègue qui lui fait remarquer que des Parisiens prennent le train pour venir randonner juste à côté de chez lui, pour que Foued s’y remette, jusqu’à l’Ultra trail du Mont-Blanc (UTMB) et le GR20. Il en est mordu. Mais sa présence n’a jamais été tout à fait ordinaire : « Quand on était deux Maghrébins sur 500 coureurs dans un…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi
